Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena

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Santiago H. Amigerona est un écrivain et scénariste (notamment pour Cédric Klaspisch) né à Buenos Aires. Comme mentionné en exergue, « Le ghetto intérieur » est à l’origine de tous les livres qu’il a écrit depuis vingt cinq ans.

Il y raconte l’histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, qui a fui Varsovie pour l’Argentine en 1928, laissant derrière lui sa mère et son frère. Il rencontre en Argentine sa femme, Rosita Szapire, avec qui il a trois enfants. Impuissant, il assiste depuis l’Argentine à la montée du nazisme, et à la création du ghetto de Varsovie – dans lequel sa mère se trouve. Cela le plonge dans un profond silence – un véritable « ghetto intérieur ».

Ce livre est très beau car, tout en étant le récit de l’impuissance d’un fils devant ce que l’humanité a fait de pire, il est d’une très grande douceur. Ainsi, Rosita est à la fois désespérée devant le silence de son mari en même temps qu’elle en comprend parfaitement les ressorts.

En seulement quelques lignes, Santiago H. Amigorena décrit ce qu’a été le ghetto de Varsovie, une façon lapidaire et froide de retranscrire l’horreur :

« Le mur que les Allemands venaient d’ériger pour isoler les Juifs à Varsovie avait délimité une zone d’à peine plus de trois kilomètres carrés où allaient vivre plus de quatre cent mille personnes. Quatre cent mille personnes dans quelques pâtés de maisons. Quarante pour cent de la population de la ville dans quatre pour cent de sa superficie. Cent vingt-huit mille habitants au kilomètre carré. »

Comment ne pas être réduit au silence quand à l’autre bout du monde, sa propre mère est en danger? Entrecoupé de lettres poignantes envoyées par la mère de Vicente, « Le ghetto intérieur » est le récit d’un emmurement de soi qui soulève notamment des questions passionnantes sur l’identité :

« Qu’est-ce qui nous fait sentir une chose plutôt qu’une autre ? Qu’est-ce qui fait que parfois nous disons que nous sommes juifs, argentins, polonais, français, anglais, avocats, médecins, professeurs, chanteurs de tango ou joueurs de football? Qu’est-ce qui fait que parfois nous parlons de nous-mêmes en étant si certains que nous ne sommes qu’une seule chose, une chose simple, figée, immuable, une chose que nous pouvons connaître et définir par un seul mot? »

« Le ghetto intérieur » est sorti le 22 août 2019 chez P.O.L.

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