L’ordre du jour – Eric Vuillard

« L’ordre du jour » est vraiment un beau livre, car extrêmement bien écrit (les premières pages sont franchement éblouissantes) et surtout fascinant par sa portée. En effet, en racontant l’Anschluss, Eric Vuillard raconte surtout la faiblesse d’âme des hommes politiques de l’époque, qui se couchèrent devant Hilter, décrit comme un personnage ridicule et excité et une Allemagne en réalité très faible militairement (à tel point qu’elle cale avant de faire son entrée dans Linz ce fameux 12 mars 1938). C’est fascinant à lire, ce que Eric Vuillard appelle « le bluff » de l’Histoire, évidemment ça éclaire notre époque d’une lumière triste, mais c’est surtout dans l’écriture ironique et mélancolique de Eric Vuillard qu’on mesure à quel point la lâcheté historique est effarante.

Bon sinon, le gros point noir de toute cette histoire c’est quand même que ce livre fait 150 pages, et 150 pages chez Actes Sud c’est en fait 75 pages normales. Alors oui désolée mais : 
1. moi je trouve ça quand même un peu facile, et je pense sincèrement qu’après 2-3 jours aux archives, Eric Vuillard avait son livre, d’ailleurs il raconte même en interview qu’il a lu les mémoires de Churchill en condensé, parce que bon faut quand même pas déconner ! (oui je sais je suis de mauvaise foi, les Mémoires de Churchill font 600 millions de pages et on peut comprendre que même pour un Goncourt on puisse ne pas avoir envie de se les fader)
2. 150 pages ça veut dire 1h de lecture quand on lit rapidement, et franchement quand c’est un livre qu’on aime, on est un peu (beaucoup?) dégoutée de l’avoir fini en 1h. Car pas beaucoup de pages en fait ça veut dire pas beaucoup de plaisir ! Mais visiblement les jurés du Goncourt, eux, n’étaient pas de cet avis, puisque pour « La serpe » qui était dans la sélection et faisait 640 pages ils ont quand même dit : « qui aujourd’hui lit un livre de 600 pages? » (Tahar Ben Jalloun) ou encore « on ne peut pas faire ça au lecteur » (Eric Emmanuel Schmitt, au cas où on avait encore un doute sur le fait que ce type soit un crétin fini). 

(Il faut lire La serpe c’est génial). 

Bref, Eric, t’aurais pu un peu plus te fouler, non? 

Bon je te pardonne, parce que quand même t’écris bien :

« Le soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige. Le matin, pas un bruit, pas un chant d’oiseau, rien. Puis, une automobile, une autre, et soudain des pas, des silhouettes qu’on ne peut pas voir. Le régisseur a frappé trois coups, mais le rideau ne s’est pas levé. Nous sommes un lundi, la ville remue derrière son écran de brouillard. Les gens se rendent au travail comme les autres jours, ils prennent le tram, l’autobus, se faufilent vers l’impériale, puis rêvassent dans le grand froid. Mais le 20 février de cette année-là ne fut pas une date comme les autres. Pourtant, la plupart passèrent leur matinée à bûcher, plongés dans ce grand mensonge décent du travail, avec ces petits gestes où se concentre une vérité muette, convenable, et où toute l’épopée de notre existence se résume en une pantomime diligente. »

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